Qu’ils soient effectués en avion sanitaire ou en avion de ligne, les transports de malades ont lieu dans des cabines pressurisées, et heureusement ! En effet,
les aéronefs volent généralement à des altitudes de 6000 à 11.000 mètres, et, si l’environnement n’était pas clos et la pression non contrôlée, nous aurions non seulement à subir des températures
glaciales avoisinant les -50°C, mais en outre des pressions partielles en oxygène dans l’air ridiculement faibles et en tout cas incompatibles avec le maintient de la vie !
Alors nos avionneurs (merci à eux) ont pensé à chauffer l’habitacle et à le pressuriser en y injectant de l’air comprimé prélevé sur les moteurs. Mais cette démarche complique singulièrement l’étanchéité de l’appareil du fait du delta de pression entre l’intérieur et l’extérieur de la cabine. Alors, dans un souci de compromis, les avions ne sont jamais pressurisés à 1013 hPa (la pression atmosphérique moyenne au niveau de la mer) mais à 760 hPa au minimum, ce qui correspond à une altitude de 2430 mètres environ. Beaucoup plus de précisions techniques ici pour les intéressés. Peu de conséquences pour nous qui sommes en bonne santé. Mais vous aurez remarqué quand même un petit essoufflement si vous partez aux toilettes en courant ou si une hôtesse vous appelle avec véhémence au secours d’un passager en détresse. Bien entendu, qui dit réduction de la pression de l’air dit aussi réduction de la pression partielle en oxygène dans nos alvéoles pulmonaires : vous pigez la suite…
Alors, le piège du patient anémique… Vous savez, le petit vieux qui tourne à 9 g d’hémoglobine car sa moelle est devenue paresseuse. Un peu insuffisance cardiaque aussi… Et oui ses artères ne sont plus en très bon état (une cardiopathie ischémique comme on dit). Celui là il est traitre car il prévient pas… il vit sur le fil du rasoir… tranquille, l’air de rien.
Ne parlons pas de la dame de 65 ans un peu grassouillette qui s’est cassé un fémur, a répandu 1litre et demi de sang dans sa cuisse, en douce… avec un peu de cholestérol parce qu’elle aime bien manger des gaufres en vacances et se gave d’œufs mimosa le dimanche à la maison… Celle-là non plus, joviale, et contente de rentrer du Maroc, vous ne vous en méfierez pas !
Et pourtant, leur anémie chronique ou subaigüe va entrainer une diminution de la capacité de transport du sang en oxygène. Si vous relevez la saturation avant de monter dans l’avion, elle sera normale… et pour cause, nos oxymètres mesurent la saturation de l’hémoglobine présente dans le sang, en aucun cas sa quantité ! (Il en existe ceci dit de nouveaux modèles qui le font). Si une entreprise de transport a 20 camions et que 10 tombent en panne, les camions restants seront toujours aussi pleins, mais l’entreprise va pourtant tourner à moitié régime, vous me suivez ?
Alors, en prenant, l’avion, la pression partielle en oxygène dans les alvéoles pulmonaires diminuant de 25% en raison de la « sous pressurisation », le passage transmembranaire de ce dernier vers les capillaires sanguins sera plus faible. La PaO2 de l’oxygène dissout va chuter, la capacité de transport de l’hémoglobine idem. A ce moment là la SpO2 mesurée par nos oxymètres sera effectivement plus basse et pourra chuter selon le cas entre 90 et 93%. Si en plus le patient a une anémie, vous voyez le tableau ! Ajoutons à cela un réseau coronaire faiblard, un myocarde fatigué… et c’est la cata ! La douleur thoracique, l’angor dans le meilleur des cas, sinon l’infarctus… aïe, aïe, aïe !
Finalement un peu d’oxygène administré aux lunettes ou par sonde nasale (2 ou 3 litres) permettent de compenser cette chute de la pression atmosphérique dans la cabine des avions et de s’affranchir des problèmes. Disons pour faire court que la SpO2 devrait être au moins à 95%.
Alors cher collègues, en résumé, face à une anémie même peu importante chez un sujet fragilisé ou avec des facteurs de risques coronariens, pensez à lui donner un peu d’oxygène en montant dans un avion, même si au sol il n’en avait pas besoin. Si c’est en avion de ligne et que le kit n’a pas été prévu, n’hésitez pas à contacter le médecin régulateur de la compagnie pour pouvoir en parler avant.
Bons rapats à venir... et restez prudents !
Michel Frajolles